Adressage, et plus si affinités

Après avoir vécu sous le règne du lieu-dit pendant des centenaires, les communes rurales sont rattrapés au début du 3ème millénaire par les réseaux, et doivent opérer une opération pour s’y conformer : l’adressage. Fini donc les guides basés sur la couleur des volets, vous pourrez désormais vous rendre en tout point lieu grâce à votre GPS et une adresse. À moins que…

Pas un mois se passe sans que la presse locale en annonce une nouvelle : l’adressage est devenu un passage obligatoire pour toute commune qui se respecte. Désormais, chacun se verra

Une opération bienvenue mais souvent laborieuse

Tout comme le Département impose désormais le passage des collectivités aux Zéro Herbicide pour avoir droit à certaines subventions, l’adressage est devenue une condition sine qua non pour espérer être un jour fibré. À cela s’ajoutent des secondes gagnées pour les services d’urgence, ou de façon moins annoncée, pour les postiers modernes que sont les livreurs de colis.

Une opération donc bienvenue pour des gains logistiques, mais qui représente somme toute un gros investissement d’argent pour les communes. Et si ces dernières ne sont pas accompagnées ou équipées pour gérer la numérotation de chaque maison, cela devient vite un fardeau administratif à gérer.

Déjà car cette opération se couple généralement avec une autre liée à la cartographie du village, et souvent sujette à des mises à jour lourdes et difficiles à appréhender : le classement des voies. Inventaire officiel de la voirie de la commune auprès des services de l’État, c’est sur celui-ci que repose une partie de sa dotation. Et il n’est pas rare que des écarts considérables se soient glissés au fil des années. Et les cartes réalisées avant la consécration de la géomatique sont rarement parfaites.

Puis l’habitude des villes constitue aussi régulièrement un blocage psychologiques pour ces opérations. Habitués à la numérotation sérielle qu’ils retrouvent dans les grandes communes voisines – nombres impairs à gauche et pairs à droite – la proposition d’une numérotation métrique, pouvant induire 4 chiffres, trouve souvent des obstacles. Mais là où les routes font des kilomètres et qu’une forêt peut séparer deux maisons qui se suivent dans la numérotation, passer de la maison n°4 à 6 fait moins sens que de passer de la n°210 à la n°2120. Et c’est sans côté qu’une ribambelle de nouvelles maisons pourraient très bien apparaître entre ces deux-là d’ici 20 ans, créant des bis, ter et quater à n’en pas finir.

La pédagogie devient donc un exercice obligatoire pour passer sans encombre l’approbation des habitants, tous attachés à un territoire qu’ils habitent au quotidien et pour lequel ils retrouvent le goût du débat.

L’adressage… et après ?

Ainsi il n’est pas rare de voir de petites communes passer une à deux années pleines pour traiter leur dossier d’adressage. Et celui-ci est rarement vécu comme l’accomplissement d’une vie d’élus, du moins en l’état. Car ci l’adressage est un gage d’économie certain pour le secteur privé, la commune ne tire qu’un maigre profit de cette nouvelle donnée, dont elle est pourtant la créatrice.

Pourquoi ? Parce que rares sont les entreprises ou acteurs l’accompagnant dans l’usage d’outils cartographiques pour ses propres besoins. Pourtant, les municipalités sont souvent les premiers postiers du village : bulletin municipale, lettre à destination des aînés ou des adolescents… Là où les entreprises du numérique ont depuis longtemps fiché tout un chacun et sait très bien comment le contacter, le transport du courrier municipal repose encore souvent sur la connaissance d’un ou deux conseillers experts du territoire, dont l’absence peut vite provoquer des remous. Ceux qui touchent pourtant à la cartographie numérique savent très bien qu’il n’est pas si compliqué de réaliser une base de données qui fera gagner bien du temps au prochain chargé du courrier.

À côté de cela, l’adressage consiste souvent à enrichir les bases de données de services aux ressources privées, comme la Poste ou l’IGN, sans être invité à se tourner vers des outils accessibles à tout le monde.

Enfin, il y a les services accessibles à tout citoyen. Rares sont les personnes à ne plus se passer d’un GPS ou mieux encore, des services de Google Maps. Cependant, Google ne se presse que rarement à intégrer de nouvelles données pourtant publiques, comme le démontre certaines cartes quelques années après un adressage réalisé.

Pour un bien commun cartographique

Alors, que faire pour tirer véritablement profit de cet adressage ? La première étape consisterait à mon sens à orienter les collectivités vers des systèmes cartographiques complètement ouverts, et qu’ils puissent modifier du jour au lendemain tout en disposant d’outils pratiques de réalisation de cartes.

Première étape donc : OpenStreetMap. Ce Wikipédia de la carte est modifiable par tous, et lié à plein d’outils pratiques. Plus encore que l’adressage, c’est l’ensemble des services de la commune que cette carte permet d’afficher à chacun. Et cela en fait un excellent outil de participation citoyenne, via l’organisation de cartoparties avec les géographes en herbe ou encore les écoles. Pourquoi donc demander à un seul cartographe qui estime son temps à 50€/heure pour retranscrire une connaissance dont VOUS êtes expert, quand vous pouvez le faire vous-mêmes avec un peu de guidage ?

Derrière, vous pourrez donc profiter des services de MapOSMatic pour réaliser un plan de ville, ou encore télécharger les données sur un logiciel de cartographie libre comme QGIS pour éditer des cartes pratiques pour vos élus. Peur de ne pas être au niveau ? Sachez qu’une communauté mondiale se cache derrière ces outils et qu’elle partage librement ses tutoriels et cours pas-à-pas. Et qu’en intégrant l’équipe des communes autonomes, vous donnez les moyens à certains, comme moi, de documenter aussi bien que possible les nouveaux usages du Big Data communal, au service de ses habitants.

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